Comment ne plus avoir peur du travail ?

Je ne sais pas pour vous mais moi, enfant, j’étais littéralement terrorisé par le travail.

Il faut dire qu’étant né dans une famille où cette valeur prédomine et

étant moi même rêveur, j’entendais régulièrement de tous bords :

TRAVAIL !

 

Le mot travail me faisait frémir. 

 

De mon point de vue et à l’observation des gens qui m’entouraient, cela avait l’air pénible, long et obligatoire.

A commencer par l’école ;

où je ne brillais pas loin de là, et que j’associais, tout en enfant que j’étais, à la notion de travail.

Pas étonnant que ce mot soit issu d’un instrument de torture  et de la notion de contrainte (tripalium), me suis-je dit plus tard.

 

Pourtant mes parents, loin d’être des tortionnaires, m’avaient transmis l’ambition mais n’avaient pas réussi, malgré tous leurs efforts,

à inculquer la valeur travail/ effort au jouisseur que j’étais (et que je reste).

Le paradoxe du fainéant ambitieux…

Insensible à toutes formes de stimulations par la compétition #psychologieinversée :

“Une vraie savonnette, impossible d’obtenir que tu travailles, tu disais “oui! oui!” pour nous faire plaisir mais tu n’en faisais qu’à ta tête…”,

me rappelle parfois ma mère.

Tout cela pour vous dire que jusqu’à mon adolescence le mot travail restera chargé très négativement.

 

Mais pourquoi est-ce que je vous raconte tout cela ?

 

Parce que lorsque les chercheurs analysent les liens qui unissent entre eux tous les mots d’une même langue,

ils découvrent que la positivité des mots en est le principal déterminant.

– c’est à dire s’ils renvoient à une expérience passée de bonheur ou de malheur –

Autrement dit, la connotation positive ou négative associé à un mot (en l’occurrence le mot travail) impacte tous les autres mots (positivement ou négativement) en association avec ce dernier.

Pour faire simple, si vous avez  plus d’expériences passées positives que négatives associées au mot travail,

vous aurez tendance à voir positivement tout ce qui est associé à ce mot de près ou de loin ;

et inversement…

Notre façon d’envisager le travail est donc essentielle.

La mienne n’ayant pas toujours été positive, vous l’aurez compris,

j’ai du “travailler” dessus. Encore un paradoxe.

Ne pensant pas être le seul concerné, – je pense même que ce phénomène touche de près ou de loin beaucoup de monde –

je me suis dit que cela pourrait être une bonne chose de vous partager mon expérience avec le mot “travail”.

Car si ce n’était pas gagné au départ…

 

…Heureusement pour moi, je vais faire une découverte incroyable.

 

Pour mes 15 ans mes parents m’ont fait probablement, avec le recul des années, l’un de mes plus beaux cadeaux.

Ils m’ont envoyé aux États-Unis dans une famille d’accueil et là-bas, j’ai fait une rencontre inattendue.

J’ai fait connaissance avec le cousin germain du “travail”:

« Introducing : To Work ».  

Pour subvenir à mes besoins et parce que c’est la culture là-bas quand on est un “teenager”, j’ai fait plusieurs petits jobs :

Tondre la pelouse, laver des camions, ou encore planter des arbustes.

(ndlr : Pensez tout de même que l’on est aux U.S. of A : les pelouses font la taille d’un stade, les camions n’avaient rien de nos petits utilitaires et les arbustes, bah ce sont des arbustes, mais il fallait border la pelouse avec…)

So, I was working…

Et là bas «To work » c’est « fun », on vous dit même sans trop d’efforts : «good work ! », et d’ailleurs là-bas TOUT « work », les machines, les projets, la vie en général.

“Travailler” devenait “fonctionner”, progresser, être en état de marche, être utile.

Cela devenait amusant, positif, gratifiant et non plus corvéable ou sujet à réprimandes.

Premier changement de paradigme pour moi, premiers contacts avec le développement personnel aussi.

A mon retour ma mère ne m’a pas reconnu, je voulais soudain a b s o l u m e n t prendre un job après le lycée.

Mes résultats à l’école ne se sont pas améliorés pour autant, mais au moins dans une matière je n’avais plus de souci à me faire, je vous laisse deviner laquelle.

 

J’ai donc démarré ma vie professionnelle partagé entre une peur irrationnelle pour le travail mais avec l’envie de fonctionner, moi aussi.

Cela m’amènera à faire de très bon choix comme par exemple, celui de choisir à la sortie des études un travail passion plutôt qu’un travail « à la  hauteur » de mes qualifications.

Mais aussi à faire des erreurs, comme celle de croire que j’étais devenu un gros bosseur alors qu’en faites je faisais surtout quelque chose que j’adorais.

Et avec, la prétention de croire que je pouvais avoir autant de résultats avec la même capacité de travail sur n’importe quel poste, pourvu qu’il soit mieux payé.

C’est d’ailleurs ce qui provoquera la fin de mon aventure salariée; dès que je suis dans un travail qui ne m’amuse plus, je ne peux plus travailler, mais vraiment plus,

du tout…

C’est un peu extrême mais finalement salvateur, une sorte de bénédiction déguisée.

Avec les années j’ai découvert (Dieu merci), le plaisir de l’effort. En revanche aujourd’hui je me sais incapable d’efforts sans plaisir.

 

Bref, J’ai finalement réussi à me réconcilier avec le mot “travail” en me forgeant une définition bien à moi :

 

être simplement occupé n’est pas travailler. le travail ne s’arrête pas au travail. Le vrai travail est sur soi.

Travaillez à votre travail et vous aurez de quoi vivre, travaillez sur vous et vous deviendrez Riche.

Travailler c’est faire un effort (physique, mental ou émotionnel) afin de se développer et ainsi devenir une possibilité de développer les autres.

Travailler c’est vrai c’est aussi des contraintes, mais des contraintes choisies non pas subies,

sans quoi effectivement cela devient une torture.

 

Pour finir je vous pose la question,

n’avons-nous pas un problème en France avec notre mot travail ?

 

Pour preuve lorsque l’on aime quelque chose on ne le considère plus comme du travail…

C’est parfois au point où si c’est agréable, alors cela ne peut plus être du travail.

Super.

Derrière le mot « travail » on associe très vite la notion de souffrance, de dureté et on éclipse volontiers la notion de plaisir, d’enthousiasme, de bonheur.

Prompt à mettre en avant la durée et la difficulté mais plus discret lorsqu’il s’agit de dire que si on est capable de tout cela, c’est aussi parce que l’on prend beaucoup de plaisir ;

ou alors selon moi,

c’est que le vrai travail est ailleurs 😉