Je manque de volonté

Longtemps j’ai pensé manquer de volonté.

 

Lorsque que l’on est dans ce cas là, on se dit  – on dit de nous – que l’on manque de mental, que l’on ne va pas au bout des choses, ou pire encore que l’on a pas la “gnac”. Bref on nous colle  – on se colle – une étiquette et à force de se l’entendre dire on finirai par le croire : Je manque de volonté !

Mince, alors.

Car c’est vrai, effectivement, on a laissé tomber pas mal de choses mais ce n’est pas si grave après tout.

Ce qui l’est davantage c’est cette déduction identitaire (ce que l’on se dit à propos de soi) perverse “Je manque de volonté”. Perverse car elle a pour conséquence de nous faire du mal par des moyens détournés, elle se transforme en prophétie auto-réalisatrice, on devient quelqu’un qui manque de volonté, qui abandonne (et par habitude, même quand une vraie opportunité se pointe).

La méconnaissance de soi réside dans le fait que la volonté n’a rien à voir la dedans, ou plutôt si, mais pas dans le sens que l’on croit aux premiers abords…

Lorsque l’on entend « je manque de volonté » nous l’interprétons souvent comme «  je manque de détermination »,  « je ne suis pas capable de conduire les choses à leur terme », de manière générale.

On ne l’entend pas sous son sens plus primaire “je ne veux pas” (vraiment),  qui à mon sens serait beaucoup plus juste.

Alors qu’en fait si on « laisse tomber », ce n’est pas tant parce que l’on manque de volonté, mais plutôt que l’on s’est engagé pour de mauvaises raisons. Le problème n’est pas que l’on a pas de volonté mais plutôt qu’il y a un conflit entre ce que l’on veut vraiment et ce que l’on dit ou pense vouloir.

Autrement dit plus que de volonté, nous manquons de lucidité.

Nous agissons parfois de la sorte soit dans le but indirect d’avoir autre chose, comme par exemple obtenir l’approbation ou l’attention de quelqu’un ; Soit parce que nous nous sommes laissé convaincre de faire des choses qui au fond ne nous correspondent pas.

Et comme ça :

On démarre la guitare pour plaire aux filles puis on abandonne.

On fait un sport de combat pour apprendre à se défendre avant de s’apercevoir qu’on ne pourra pas se défendre avec, de toute façon.

On fait des études pour faire plaisir à nos parents puis on se retrouve à faire un travail qui nous ennuie.

On se lance en politique pour prendre une revanche sur la cour de l’école…(et sortir avec Julie Gayet.)

 

Pour autant je prétends qu’absolument tout le monde a de la volonté.

Si l’on fait un effort de mémoire on se rappellera des fois où nous sommes tombés sur quelque chose que nous voulions vraiment et là, on ne s’est pas reconnu dans la glace.

Pour moi, la première fois ce fut le jour où j’ai voulu une “mob”. Habitant en banlieue éloignée et encore au lycée à l’époque, “la mob” représentait la liberté d’aller où je voulais, à savoir chez les potes.

Mais voilà, comme pour beaucoup de mères soucieuses (à juste titre) de l’intégrité physique de son enfant, la mienne était contre. Non elle ne m’achèterait pas de mob, un solex au meilleur des cas.

La loose.

Face à ce premier obstacle de taille en temps normal, j’aurais baissé les bras, rappelez-vous je pensais manquer de volonté.

Mais là, surprise, cela ne m’a pas arrêté, loin s’en faut. J’ai trouvé des petits boulots à faire après l’école et pendant les vacances, acheté la meule toute pourrie d’un pote pour cinq cent francs, appris des rudiments de mécanique pour la retaper et mis ma mère devant le fait accompli.

Incroyable, d’autant que si vous connaissiez ma mère vous sauriez que c’est pas le genre de choses qu’on lui fait…

Séduite par ma détermination sortie de nulle part, elle m’aida finalement à sécuriser mon engin de mort en le mettant entre les mains d’un vrai mécano.

Plus tard viendront d’autres moments ou je ferai preuve de volonté, pour mon premier vrai travail ou encore lorsque j’ai voulu être propriétaire de mon logement.

 

Finalement le vrai enjeu est à la fois de chercher ce qui nous motive et de savoir être réaliste à propos de ce que l’on veut.

Pas si simple, les pièges sur la route sont nombreux, j’en ai abordé certains en piochant dans mes expériences mais la liste continue…

Pour résumer, mon propos est celui là :

arrêtons de croire que la volonté est une faculté dont certains sont pourvu plus que d’autres,

et commençons à envisager que certains ont seulement découvert leurs centres d’intérêts, leurs talents plus rapidement que d’autres.

Ce qui leur a permis de développer une confiance en soi supérieure à celui ou celle qui n’a pas eu cette expérience grisante et motivante.

Rappelons-nous que lorsque l’on abandonne quelque chose sans pour autant le regretter âprement, ce n’est pas parce que nous manquons de volonté,

mais peut être parce que cette même chose ne nous correspondait pas vraiment à la base, ou que nous nous sommes engagés dans un but détourné.

Ce qui aujourd’hui me fait dire que,

dans la vie on a jamais ce que l’on souhaite mais que l’on devrait faire attention à ce que l’on veux vraiment, car on finit toujours par l’obtenir.

Dès lors on comprend l’importance de travailler ses objectifs, identifier ses talents pour les transformer en force ou encore ne pas gaspiller trop d’énergie dans des activités qui ne nous motivent pas du tout.

Car “manquer de volonté” revient selon moi à ne pas savoir ce qui nous motive.