Et vous, on vous sonne ?

Voilà une petite histoire qui m’a beaucoup fait réfléchir il y a près de 10 ans de cela :

A l’époque, j’étais tout jeune formateur et je venais à peine de me remettre de mon burn-out.

Je n’avais pas encore fait la rencontre de Christian Loridon qui allait me former aux délices de la gestion du temps.

Pour autant, je savais déjà que j’allais me lancer dans la formation. Mon ambition à l’époque était de proposer des stages en management. Mais personne n’en voulait (snif).

Mais j’avais tout de même trouvé un moyen de m’entrainer à devenir formateur pro. J’accompagnais des dirigeants et managers sur l’utilisation de la bureautique. L’idée était de former uniquement sur les fonctions essentielles, les raccourcis et de « déjargoniser » le plus possible.

Un jour, alors que je me trouvais en pleine séance d’accompagnement avec un dirigeant d’un groupe hôtelier et que j’étais en train de lui expliquer quelque chose, le téléphone sonna. Impassible, mon client continuait de m’écouter religieusement. Bizarrement, c’était moi le plus dérangé des deux. J’avais pratiquement envie de décrocher à sa place. C’était plus fort que moi.

A tel point que je ne pus m’empêcher de lui dire : “Monsieur X, le téléphone sonne. Vous pouvez prendre l’appel je comprends…”

Et là, ce grand patron me répondit tout de go :

“Lorsque je travaille, personne ne me sonne jeune homme ! Cela n’aurait pas dû se produire, excusez cette interruption. Poursuivez.”

Sur le coup, cette réponse me scotcha. Je me suis dit : ça c’est la classe ! Personne ne le sonne lui. Et puis après tout, personne ne me sonne moi non plus, oh ! Ou pas…

Après coup, j’ai pensé : voilà ce qui fait de lui un dirigeant. C’est lui qui décide, il ne réagit pas à son environnement de manière systématique. Là où j’avais envie de décrocher compulsivement, lui n’a pas bronché, il était concentré sur ce que je lui expliquais.

Morale de l’histoire :

  • Ce n’est pas parce que le téléphone sonne qu’il faut décrocher
  • Ce n’est parce qu’un mail vient d’arriver qu’il faut y répondre
  • Ce n’est pas parce que quelqu’un vous sollicite qu’il faut dire oui tout de suite.
  • (Liste non-exhaustive)

A force de céder à la tentation de quitter ce que nous sommes en train de faire pour répondre à la dernière sollicitation, nous nous habituons à rester “réactifs ». Et cela y compris à des moments où ce n’est pas approprié. Nous traitons ces demandes tout de suite, pour ensuite nous en plaindre. Nous terminons la journée sans la satisfaction d’avoir accompli quelque chose de significatif et cela malgré une activité débordante et soutenue. Un comble.

Alors la prochaine fois que vous vous apprêtez à répondre à une sollicitation, posez-vous ces deux questions :

  • Est-ce le meilleur moment pour cela ?
  • Ai-je terminé ce que j’étais en train de faire (ou du moins en partie) ?

Ne vous laissez pas sonner !